Tatung Einstein : le géant méconnu du développement de jeux des années 1980
Le Tatung Einstein était un ordinateur qui n’a jamais conquis le grand public mais qui est devenu un outil indispensable pour les développeurs de jeux au milieu des années 1980. Lancé par la société taïwanaise Tatung dans des laboratoires britanniques, cette machine 8 bits offrait des capacités uniques pour le développement multiplateforme, accélérant la sortie de succès pour le Spectrum et le Commodore 64. Décomposons pourquoi les ingénieurs le préféraient à l’Atari ST et au PC.
Architecture : la puissance dans les détails
Les Tatung Einstein TC-01 et sa version améliorée Einstein 256 sont basés sur le processeur Zilog Z80A cadencé à 4 MHz. Spécifications principales :
- RAM : 64 Ko (192 Ko dans l’Einstein 256)
- Video RAM : 16 Ko (jusqu’à 192 Ko dans l’Einstein 256)
- Graphismes : TMS9918 (256×192, 16 couleurs, 32 sprites) ou Yamaha V9938 dans l’Einstein 256 (512×424, palette de 512 couleurs)
- Audio : AY-3-8910 (3 canaux + bruit)
- Interfaces : Centronics pour imprimante, RS232-C, deux ports analogique-numérique, interface « Tatung Pipe » pour un accès direct au bus de données Z80A
Un atout majeur était le support d’un affichage monochrome 80 colonnes via une carte vidéo supplémentaire, essentiel pour les tâches professionnelles. Le châssis, assemblé à Bradford, était imposant et incluait un moniteur de marque (noir et blanc ou couleur) avec haut-parleurs intégrés. Le prix du système (500 £ en 1984) le rendait plus cher que les concurrents, mais les ingénieurs appréciaient sa fiabilité et ses capacités étendues.
Environnement de développement : du code machine à EBASIC
À l’allumage, l’ordinateur chargeait un moniteur de code machine simple appelé MOS (Machine Operating System). Pour les opérations sur disques, il utilisait Xtal DOS, développé à Torquay. L’outil principal était l’interpréteur Xtal BASIC — un dialecte avancé avec support intégré des graphismes et du son. L’Einstein 256 introduisait EBASIC, optimisé pour ses fonctionnalités graphiques améliorées.
Les programmeurs avaient accès à une pile complète de langages :
- COBOL, FORTH, LISP, LOGO
- PL/1, Prolog, Pascal, C
- Z80 Assembler
Le Einstein User Magazine (19 numéros, 1984–1991) publiait des algorithmes prêts à l’emploi et des solutions techniques. La disquette maître incluait EBASIC, EDOS et des utilitaires pour lire les données depuis une cassette, rendant le débogage enfantin.
Développement multiplateforme : le secret du succès
L’atout majeur du Tatung Einstein était l’émulation des systèmes cibles via l’interface « Tatung Pipe ». Les développeurs chez Imagine Software et Ocean Software l’utilisaient pour créer des jeux pour le Spectrum et le Commodore 64. Le code était envoyé par câble vers le matériel cible et exécuté en temps réel, réduisant drastiquement les cycles de test.
Deux solutions phares :
- Speculator — un adaptateur matériel à 50 £ qui émulationnait le ZX Spectrum via l’interface Pipe. Il intégrait une puce sonore et une connectique pour lecteur de cassettes.
- Amrun — un logiciel pour émuler l’Amstrad CPC.
Ces outils ont propulsé des hits comme Ghost ’n Goblins et Ghouls ’n Ghosts. Malgré l’échec commercial de l’ordinateur, il est resté essentiel pour les développeurs jusqu’à l’arrivée de l’Atari ST et TT.
Héritage : des archives à aujourd’hui
Aujourd’hui, le Tatung Einstein est un favori des passionnés de rétroinformatique. La plateforme compte plus de 400 titres logiciels, dont dBase, VisiCalc et WordStar, ainsi que 135 jeux. Le site de fans tatungeinstein.co.uk (en ligne depuis 2004) rassemble les propriétaires d’unités originales et archive la documentation.
Points clés :
- Le Tatung Einstein n’a pas été un succès commercial, mais c’était une machine de guerre pour développer des jeux sur les plateformes 8 bits populaires.
- L’interface « Tatung Pipe » permettait un accès direct au bus de données Z80A, vital pour le débogage multiplateforme.
- Le support d’EBASIC et Xtal DOS, avec des graphismes avancés, accélérait la création de contenus.
- Des adaptateurs matériels comme Speculator offraient une émulation précise et conviviale du Spectrum.
— Editorial Team
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