Mitsubishi Electric et l'Institut de technologie de Chiba créent un centre de commercialisation de l'IA physique
Mitsubishi Electric et l'Institut de technologie de Chiba ont signé un accord pour établir un centre de développement conjoint dédié à la recherche et à la commercialisation de solutions d'IA physique, incluant des robots humanoïdes, multi-pattes et drones.
Article d'analyse : L'accord du siècle ou une énième alliance japonaise ? Décryptage de l'accord Mitsubishi Electric
Auteur : Analyste indépendant avec perspective interne
Date : 2026-05-28
Quand j'ai vu l'annonce de l'accord entre Mitsubishi Electric et l'Institut de technologie de Chiba pour créer un centre de co-évolution dédié à l'IA physique, ma première réaction n'a pas été l'enthousiasme, mais le déjà-vu. Dans l'industrie, ces six derniers mois, c'est déjà la troisième tentative majeure du Japon de « reconquérir son trône » dans la robotique en créant des alliances géantes.
Mais en creusant un peu, ce cas particulier n'est pas qu'un simple communiqué de presse. C'est une panique silencieuse au sein d'un géant industriel qui a réalisé que son activité classique d'automatisation d'usine (FA) vit ses dernières années. Décortiquons ce qui se passe vraiment.
[Le Cœur] : Ce qui se passe réellement
La raison officielle est le vieillissement des infrastructures et la pénurie de main-d'œuvre au Japon. La vraie raison est la peur de perdre le marché de la gestion de production.
Les médias grand public passent à côté du fait que les systèmes d'automatisation actuels (SCADA) sont menacés par une refonte complète. Les startups américaines et chinoises (comme Figure AI ou Unitree) construisent une « IA physique » comme un réseau neuronal unique qui contrôle le corps du robot. Les géants japonais traditionnels comme Mitsubishi construisaient des machines et des convoyeurs « intelligents ». Ce sont deux philosophies différentes.
Mais la percée des modèles génératifs VLA (Vision-Language-Action) a rendu vulnérables les automates programmables industriels (PLC) propriétaires classiques et les protocoles industriels. En clair, pourquoi acheter un robot japonais complexe qui nécessite une programmation via une interface ingénieur quand on peut acheter un robot chinois bon marché sur AliExpress qui comprend les commandes vocales en langage naturel ?
L'Institut de technologie de Chiba a été choisi pour une bonne raison. C'est l'un des rares laboratoires ayant une expérience en conditions extrêmes (centrale nucléaire de Fukushima). Mitsubishi ne les recrute pas pour « l'innovation », mais pour des données hautement spécifiques sur la navigation dans des environnements sans GPS et à forte radiation. Ces données sont une mine d'or qui ne s'achète pas avec de l'argent ; elles ne peuvent être obtenues que par un partenariat avec des personnes spécifiques. Il n'existe pas d'équivalent public de cet ensemble de données.
Calendrier et contexte
Beaucoup oublient que le Japon est arrivé en retard dans cette course d'un cycle complet. Si l'on regarde le rapport de l'Association des humanoïdes de Kyoto (KyoHA), formée dès 2025, leur objectif était une production de masse d'ici 2027. Mais nous sommes maintenant à la mi-2026. Agibot, en Chine, a déjà expédié 10 000 unités, et Tesla Optimus, aux États-Unis, est testé dans des usines.
Mitsubishi Electric, avec son expérience des robots MELFA, a réalisé qu'il ne pouvait pas suivre seul. Ils prennent donc un répit de trois ans (jusqu'en avril 2029). C'est un aveu conscient de défaite dans le sprint et un pari sur le marathon, même si l'IA physique se développe de manière exponentielle. Trois ans à ce rythme, c'est une éternité.
Qui gagne et qui perd
Perdants (évidents) :
- Toyota et Hitachi. Ils ont leurs propres développements internes de robots humanoïdes, mais l'absence d'un standard unifié d'« IA physique » au Japon leur coûtera des parts de marché.
- Siemens et Rockwell Automation. Les fournisseurs allemands et américains d'automatisation industrielle dominent actuellement, mais si Mitsubishi crée un « système d'exploitation pour usines » (ce qui est précisément l'objectif de l'alliance), les anciens automates programmables commenceront à être remplacés.
Gagnants (non évidents) :
- NVIDIA. Oui, ils ne sont pas mentionnés dans l'accord. Mais l'« IA physique » nécessite une puissance de calcul en périphérie massive. Mitsubishi ne possède pas ses propres GPU avancés. L'alliance avec Chiba formera des modèles soit sur des capacités cloud américaines, soit sur leurs Jetson. NVIDIA gagnera des milliards de dollars au cours de ces années rien qu'en vendant des « pelles » aux prospecteurs japonais.
- Startups en cybersécurité. C'est mon principal constat. Lorsque vous connectez des infrastructures physiques (réseaux d'eau, réseaux électriques) à un seul réseau neuronal, la surface d'attaque augmente de façon exponentielle. Pendant que tout le monde parle de l'efficacité des robots, on oublie que pirater un tel centre de co-évolution signifie paralyser une ville entière.
Ce que les médias ne disent pas
Les médias japonais clament un « renouveau ». Mais ils restent silencieux sur le problème principal : l'allocation des ressources.
Parallèlement à ce projet, il existe un consortium dirigé par SoftBank (incluant Sony, NEC, Honda) qui construit également une « IA physique » avec un budget de 1 000 milliards de yens (~6,5 milliards de dollars). Maintenant, Mitsubishi lance le sien.
Le Japon n'a tout simplement pas assez d'ingénieurs qualifiés en deep learning pour soutenir deux « champions nationaux » concurrents simultanément.
C'est un piège classique : les grandes entreprises ne parviennent pas à se mettre d'accord sur un standard unique (souvenez-vous du sort de Betamax contre VHS ou de la perte du marché des smartphones). Elles préféreront créer deux alliances faibles plutôt qu'une seule forte sous la direction d'un autre. Mitsubishi ne confiera jamais le contrôle de son « cerveau » à une entreprise de SoftBank qui détient Arm dans sa poche et a des projets d'introduction en bourse.
Prévisions : les 30 et 90 prochains jours
Les 30 prochains jours :
Des fuites révéleront que les ingénieurs de l'Institut de technologie de Chiba sont confrontés à une incompatibilité entre les anciens protocoles industriels de Mitsubishi (CC-Link IE) et les nouveaux frameworks d'IA physique (ROS 2 + transformers). Il n'y a pas d'issue ; ils devront écrire des « béquilles » — un middleware infernal. Attendez-vous à des nouvelles de l'achat par Mitsubishi de capacités de supercalcul chez AWS ou Google, car leurs propres serveurs ne peuvent pas gérer le volume de données de simulation.
Les 90 prochains jours (d'ici août 2026) :
Il y a une forte probabilité que l'alliance annonce un partenaire externe pour les puces. Très probablement, ce sera Renesas Electronics. Pourquoi ? Renesas a des contrôleurs mais pas de logiciel. Mitsubishi leur fournira les spécifications pour créer la « puce d'IA physique idéale ». Si cela ne se produit pas d'ici l'automne, la bureaucratie enterrera le projet.
Cependant, ma prévision est pessimiste. L'expérience de RAPIDUS (une tentative avortée de fabriquer une puce 2 nm au Japon pour 92 milliards de yens) montre que ces « centres de co-évolution » se transforment en trous noirs pour les budgets et en CV pour les managers licenciés. D'ici 2029, date à laquelle ce projet est censé se terminer, le marché sera déjà divisé entre les Chinois avec leurs faibles coûts et les Américains avec leurs logiciels. Le Japon restera un fournisseur de moteurs de haute précision et de réducteurs. Ce qui, soit dit en passant, n'est pas un mauvais modèle économique, mais ce n'est pas une « percée technologique ».
— Editorial Team
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