Comparaison de la loi russe sur l'IA et de l'AI Act européen : Aspects réglementaires clés
L'AI Act européen, entré en vigueur en 2024, repose sur un modèle fondé sur le risque. Les systèmes d'IA sont classés selon des niveaux de risque : inacceptable (interdit, ex. : notation sociale), élevé (exigences strictes pour le scoring de crédit et le recrutement), limité (transparence pour les chatbots et les deepfakes) et minimal (aucune restriction). L'objectif est de protéger la santé, la sécurité et les droits humains. Les amendes peuvent atteindre 35 millions d'euros.
Le projet de loi russe du 18 mars 2026 met l'accent sur la souveraineté technologique. Les modèles critiques doivent être développés et entraînés en Russie en utilisant des données russes avec la participation de citoyens russes. L'objectif est de protéger les valeurs traditionnelles et d'empêcher l'exploitation des vulnérabilités.
Différences en matière d'interdictions et de restrictions
Dans l'UE, les interdictions sont spécifiques : systèmes de reconnaissance des émotions dans les écoles et les lieux de travail, applications de "déshabillage" photo. La loi russe introduit un concept large d'"exploitation des vulnérabilités" — âge, caractéristiques psychologiques, physiques — qui pourrait couvrir la publicité ciblée ou la propagande.
Les modèles d'IA à usage général dans l'UE nécessitent une documentation technique, des résumés de données et le respect du droit d'auteur. Les modèles présentant des risques systémiques sont supervisés par le Bureau de l'IA. En Russie — "modèles fondamentaux grands, souverains et nationaux" : développement et entraînement exclusivement en Russie pour la substitution aux importations.
Responsabilité et mécanismes de contrôle
Les amendes européennes sont fixes et transparentes. Le projet russe (article 11) établit une responsabilité avec une "connaissance préalable" des risques, avec une présomption de culpabilité sauf preuve contraire. L'exonération est possible avec des "mesures exhaustives".
- Article 11.2 : Le développeur, l'opérateur ou le propriétaire du service est responsable s'il savait ou aurait dû savoir le préjudice potentiel, sauf s'il prouve le contraire.
- Article 11.3 : Exonération avec des mesures préventives exhaustives.
- Article 11.6 : Recours de l'opérateur contre le développeur pour des défauts avérés du modèle.
Le principe territorial dans l'UE est extraterritorial — s'applique à toute manipulation de données européennes. En Russie — activités sur le territoire du pays, mais les services avec plus de 500 000 utilisateurs quotidiens sont soumis à des obligations supplémentaires (article 10).
- Article 10.1 : Le développeur assure la sécurité, prévient la discrimination, documente l'architecture.
- Article 10.2 : L'opérateur suspend l'exploitation en cas de menaces.
- Article 10.3g : Pour les services populaires — obligations sous la "Loi sur l'information".
Propriété intellectuelle et fouille de textes et de données
La loi russe autorise la fouille de textes et de données sans réserve :
Article 13.5 : Ne constitue pas une violation — l'extraction de données d'objets protégés pour des jeux de données ou l'entraînement de l'IA avec un accès légal.
L'UE autorise la fouille de textes et de données, mais les titulaires de droits peuvent interdire l'utilisation de leurs œuvres.
Points clés à retenir
- L'approche fondée sur le risque de l'UE se concentre sur les droits humains, celle de la Russie sur la souveraineté et la localisation.
- Les amendes de l'UE sont plus strictes en montant, celles de la Russie impliquent une expertise judiciaire avec présomption de culpabilité.
- La fouille de textes et de données en Russie est plus libre, sans possibilité d'opposition des titulaires de droits.
- Les services à forte audience en Russie font face à un contrôle strict indépendamment du développeur.
- Les deux lois entrent en vigueur en 2026–2027, établissant des règles pour l'industrie de l'IA.
— Editorial Team
Aucun commentaire pour le moment.